• Florence Hinckel

3 questions à Florence Hinckel

1) Pensez-vous que la législation actuelle protège suffisamment les auteurs dans le cadre de leur activité professionnelle. Pouvez-vous, à travers des exemples de votre vie quotidienne, justifier votre réponse.


Les auteurs et autrices ont souvent la loi pour elles et eux en ce qui concerne leur protection sociale, mais ils et elles souffrent d’une méconnaissance de cette loi.


Eux·elles-mêmes ont du mal à obtenir les informations les concernant mais en plus les institutions censées les protéger les ignorent. Par exemple, nous avons droit à des indemnités journalières en cas de maladie ou maternité, etc... mais les CPAM ont du mal à nous identifier. Ils nous traitent soit comme des salariés, soit comme des indépendants, or nous ne sommes ni l’un ni l’autre.


Les auteurs et autrices se battent souvent aussi avec les agents des impôts, qui, par exemple, leur réclament la cotisation CFE alors qu’on en est exemptés.


Face à ces cas de « conflits », nous n’avons personne vers qui nous tourner afin de nous défendre, si ce n’est vers des syndicats d’auteurs et d’autrices bénévoles, épuisé·es, vu l’ampleur de la tâche, à laquelle s’ajoute une maltraitance administrative qui dure depuis trop longtemps de la part de l’Urssaf Limousin (et avant elle, de l’Agessa...)


La où, en revanche, la loi présente réellement des creux dans la protection des auteurs et autrices, c’est dans leur pratique professionnelle.


Aucune convention collective ne nous protège, ce qui fait que les éditeurs, par exemple, peuvent nous proposer des conditions contractuelles indécentes. Des débutant·es sont souvent amené·es à travailler sans contrat, et finalement pour rien, etc... Les éditeurs, notamment, refusent pour la plupart de reconnaitre notre travail comme étant professionnel et rechignent à le payer à sa juste valeur, arguant qu’on doit avoir un « vrai travail » à côté.


Cette vision non-professionnelle de nos métiers infuse dans toute la société, ce qui amène les banques à nous refuser des prêts, les propriétaires à nous refuser des logements, etc...


Aucune autorité supérieure (ministérielle par exemple), ne semble avoir envie de modifier cette perception imposée par les éditeurs (et producteurs), ni de prendre des mesures fortes pour que cesse enfin notre maltraitance administrative, ce qui est dramatique pour l’ensemble des créateurs et créatrices, qui se sentent réellement abandonné·es.


2 ) Avez-vous pu faire le constat d’une évolution dans la négociation de vos contrats d’auteurs depuis le début de votre carrière ?


Dans une certaine mesure, oui, simplement parce que j’ai appris à négocier, et que je sais enfin évaluer ce que « valent » mes oeuvres et mon travail. Je sais désormais discuter avec mes éditeurs et éditrices en toute égalité, et dans une forme de respect même si c’est souvent tendu (ce qui est normal quand on négocie).


Quand on leur oppose des arguments dont on est sûrs, la discussion est même souvent passionnante. J’ai beaucoup appris sur leurs propres contraintes d’éditeurs, par exemple.


Cependant, je dis « dans une certaine mesure » parce qu’il reste des plafonds de verre très difficile à exploser, même en étant sûre de soi. Par exemple en littérature jeunesse, les pourcentages sont étonnamment plafonnés à 10% en premier palier, sans raison.


3) Si vous étiez en mesure de mettre en œuvre trois mesures concrètes pour renforcer la protection de votre métier, quelles seraient-elles ?


1. La création d’un Centre National des Artistes Auteurs et Autrices (et j’insiste vraiment sur le «autrices », car elles souffrent encore plus de cette situation compétitive digne du far-west). Ce centre, notamment, rassemblerait toutes les informations, sûres et vérifiées, dont on manque tant. Ce serait un référent qui nous guiderait et nous conseillerait à chaque étape professionnelle.


2. Une plus grande prise en compte de nos propres voix et de nos propres expériences dans toutes les instances qui prennent des décisions nous concernant (une obligation de représentation professionnelle).


3. La nomination d’un ou d’une ministre de la culture issu·e du monde du livre, côté création. Depuis André Malraux, ce n’est pas arrivé. J’ai un peu l’illusion que, peut-être, notre réalité serait alors mieux comprise.